09.10.2005

Autour du portrait d'Olga

Naviguant un peu machinalement sur la « toile », j’ai découvert, il y a deux jours, un texte de Renata Smyrnova, intitulé « Shevchenko painting – Gogol’s sister », portant sur un portrait réalisé par Taras Shevchenko qui serait, selon elle, celui de la plus jeune sœur de l’écrivain Gogol, Olga. Or, de nombreux spécialistes de l’œuvre du grand poète ukrainien semblent contester cette interprétation, ce qui a conduit Mme Smyrnova à mener sa propre enquête, auprès des descendants de Gogol.

 

Renata Smyrnova s’est ainsi rendu à Poltava, où résidait la famille du célèbre écrivain, et y a rencontré Sofia Danylevska, fille de Nicolaï Bykov, un neveu de Gogol. Le nom de Sofia Danylevska ne m’était pas étranger. Intriguée par cette histoire, je poursuivis la lecture de cette rencontre avec une curiosité croissante. Sofia apparaît être l’une des cinq filles de Nicolaï Bykov, fils aîné d’Elizabeth Gogol, l’une des quatre sœurs de l’écrivain. Elle serait donc la tante de ma grand-mère, Tatiana, qui m’a d’ailleurs donné, il y a quelques mois de cela, une photo d’elle à Poltava, datant de 1980.

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Au fil de la discussion qui s’engage, Renata Smyrnova remarque que, comme la mère de Gogol, Maria, qui éleva seule ses cinq enfants à la mort de son mari, en 1825, Sofia dut faire face aux mêmes défis, lorsque son mari mourut du typhus, en 1921. D’autres sources[1] m’ont appris, parallèlement, que Sofia fut enseignante et Serge, son époux, agronome. Par la même occasion, j’ai retrouvé la trace d’un de leurs enfants, Alexandre, qui semble avoir acquis une certaine renommée dans le domaine de l’entomologie. Alexandre, né en mars 1911, près de Mirgorod, dans la province de Poltava, s’engagea dans une carrière de chercheur. En 1934, il fut exilé au Kazakhstan, à la suite de répressions politiques après le meurtre de Serge Kirov mais, dès 1936, il put réintégrer l’université de Leningrad – à l’époque – où il épousa l’une de ses étudiantes, Galina Shel’deshova. Pendant la Guerre, Galina et leur fils, Serge, vécurent à Poltava pendant qu’Alexandre servait dans un corps médical de l’Armée rouge. C’est à cette époque qu’il termina sa thèse et la soutint – aussi incroyable que cela puisse paraître – le 5 avril 1943, en plein siège de Leningrad… Après la guerre, Alexandre poursuivit sa carrière de chercheur à l’université de Leningrad. Il mourut d’une crise cardiaque en juin 1969.

 

Mes recherches sur la famille de Sofia ne m’ont malheureusement pas permis d’aller plus loin, pour l’instant. En revanche, le récit de Renata Smyrnova fournit de précieux renseignements sur la famille de ma grand-mère. Sofia raconte, en effet, qu’en 1902, alors qu’elle avait 16 ans, le photographe Khmelevsky vint réaliser des portraits photographiques de tous les proches de Gogol. Il a rassemblé ces portraits dans un album intitulé « Gogol in his Homeland » que j’ai désormais grande hâte de découvrir, si cela est encore possible … Sofia relate également que, tous les dimanches, après la messe, elle se rendait avec sa mère, Maria, née Pouchkine, chez Olga, la plus jeune sœur de Gogol ; elle a donc été en mesure l’identifier sur une reproduction du portrait de Shevchenko que lui a présentée Mme Smyrnova. Enfin, elle explique que son père, Nicolaï Bykov hérita de l’extraordinaire bibliothèque de Gogol, son oncle, qui comprenait plus de mille ouvrages, portraits, lettres non publiées et toiles. Pour sauver cet héritage, sa mère, sa sœur Tatiana et elle-même se rangèrent à l’avis de l’écrivain Volodymyr Korolenko et donnèrent livres, manuscrits, objets personnels de l’écrivain au musée ethnographique de Poltava. Mais, en 1943, lors de la retraite allemande, les Nazis pillèrent et mirent le feu au musée.

 

Le témoignage de Sofia s’arrête un instant sur ses parents. J’apprends ici que les grands-parents de Tatiana, Nicolaï et Maria, se marièrent, en août 1881, à l’église de Lopasnia, le manoir du père de Maria, Alexandre Pouchkine, situé au sud de Moscou. Ils héritèrent du hameau de Stinka et d’une partie de la propriété Yanovsky, connue comme Bykovska depuis. Si ma grand-mère, Tatiana, m’a parlé à plusieurs reprises de cette propriété – dont à défaut de s’en souvenir directement, elle a entendu parler –, elle est plus hésitante sur Vasylivka que Sofia ne cesse pourtant d’évoquer et que je ne parviens malheureusement pas encore à localiser précisément. Sofia indique, par ailleurs, que la jeune sœur de Gogol, Olga, avait fait don à sa mère, Maria, de la montre en or de Pouchkine. Elle ajoute qu’en 1937, le commissaire du peuple, chargé de l’Éducation, Bonch-Bruyevych, lui demanda de la donner au musée du poète à Leningrad. Parmi les autres « trésors », il y aurait ce fameux portrait d’Olga, peint par Taras Shevchenko, que l’intéressée offrit au père de Sofia, Nicolaï.

 

Je n’ai pas lu ce témoignage sans une certaine émotion en pensant à cette grand tante, aujourd’hui décédée, et dont je n’ai découvert l’existence qu’il y a peu de temps, grâce à la photo que m’a donnée ma grand-mère. J’ai alors pris conscience qu’une partie de sa famille était restée en Ukraine, survivant à la révolution, la terreur stalinienne, la guerre et les famines organisées … Une partie de sa famille dont j’ignore presque tout.

 

Je n’ai aucune idée de la période de cet entretien, qui n’a pourtant été posté que récemment sur le site www.orangerevolution.us/blog. Il me reste donc à contacter son auteur pour essayer d’en savoir plus sur ce qu’il reste des Bykov et des Danylevski dans la région de Poltava…

 

Bucarest, le 9 octobre 2005

 


 

[1] Proceedings of the Fourth European Workshop of Invertebrate Ecophysiology – St Petersburg, 9-15 September, 2001 – Published by the Institute of Entomology, C. Budejovice, June 30, 2002.

08.10.2005

Chez Kodak

En allant chercher des photos que j'avais laissées à développer, j'ai dû présenter une pièce d'identité au moment du paiement alors même que je réglai en espèces. Toutes les indications qui figuraient sur mon "ID" ont été recopiées sur un cahier de classe à petits carreaux où j'ai dû apposer ma signature. Tout cela pour pouvoir récupérer quelques malheureuses photos ...

Comme quoi, le capitalisme à l'Est ne signifie pas la disparition définitive de la bureaucratie, ni n'implique automatiquement le respect des libertés élémentaires du consommateur !

05.10.2005

Sur un mode plus "kitsch"

Ca pourrait donner quelquechose comme ça :

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04.10.2005

Gloire aux réalisations architecturales de l'ère communiste !

Gloire !

 

Aux larges avenues froides, anonymes et sans fin, à vocation plus mégalomaniaque que fonctionnelle ;medium_entree_brasov_1.jpg

 

Aux blocs d’habitation uniformes, gris et décrépis, tous construits sur le modèle de cages à lapins géants ;

 

A la misère des innombrables « magasins alimentaires », minuscules échoppes, éclairées au néon, qui offrent un rudiment de tout et de rien ;

 

Aux trottoirs défoncés, témoins du combat ordinaire de ternes piétons, zigzaguant sans broncher entre diverses cavités et monticules ;medium_entree_brasov_4.3.jpg

 

Aux vieux tramways bondés que les gens attendent patiemment, qu’il pleuve ou qu’il neige, car ils n’ont pas d’autre choix ;

 

Aux écrasantes « maisons du peuple », laides et prétentieuses, comme celle qu’a légué le « génie des Carpates » aux habitants de Bucarest ;

 

Aux sanctuaires administratifs à côté desquels le « Château » de Kafka et le « Ministère medium_fresque_brasov_1.3.jpgde l’Amour » d’Orwell font figure de minuscules annexes d’opérette, totalement inoffensives ;

 

Aux grandes fresques révolutionnaires à la gloire des travailleurs, héros des temps modernes, misérables victimes des temps présents ;

 

Aux glorieux complexes industriels et autres combinats inefficaces dont il ne reste medium_ploesti_3.jpgaujourd’hui que de pitoyables friches rouillées et déglinguées, splendides balafres au cœur de terres tristement inexploitées et laissées à l’abandon ;

 

Aux sévères statues de Lénine qui n’ont pas encore été déboulonnées ;

 

A la triste grisaille qui imprègne durablement ces sinistres réalisations ;medium_heritage_4.jpg

 

Et à l’arc-en-ciel du temps qui viendra la balayer de ses plus belles couleurs !

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