15.01.2006

Le Bagdad de l'entre-deux-guerres

En écho à Robert Byron, Freya Strake ( ?) et d’autres – ai égaré mes notes de 2002 –, le témoignage d’une « Anglaise en Orient », Vita Sakcville-West qui découvre la cité d’Harun Al Rasheed dans les années 20. La merveilleuse cité des Mille et Nuits est, une fois encore, objet d’une cruelle déception : poussiéreuse, désordonnée, Bagdad ne constitue qu’une étape où il est préférable de ne pas s’attarder. Comme ces images sont éloignées de mes souvenirs de 2001 …

« (…) Bagdad, pour moi, ce n’était pas les mille et nuits, mais le charme bien plus grand et plus réconfortant de retrouvailles entre amies.
C’était une chance, car quiconque va à Bagdad pour le charme de la ville sera déçu. Le Tigre traverse la ville de son flot jaune et rapide, et les maisons qui bordent les rives partagent avec toutes les maisons bordant un cours d’eau un pittoresque inévitable ; quant aux chaloupes d’osier rondes (1) qui vont d’une rive à l’autre avec leur charge de balles et d’ânes et tournoient dans le courant, franchement inaptes, dirait-on, à la navigation, elles ont certes un caractère particulier ; mais pour le reste, Bagdad est un fouillis poussiéreux de bâtiments minables reliés par des rues atroces, véritables bourbiers par temps de pluie, et, par temps sec, criblées de cratères et de trous, où un fermier anglais hésiterait peut-être bien à faire passer une charrette. Mais, à Bagdad, les automobilistes n’y regardent pas de si près. Des Ford, cabossées, défoncées, le pare-brise cassé, et n’ayant plus une trace de peinture, dévalent les rues en bringuebalant à grands coups de klaxon, tandis que chameaux, ânes et Arabes s’écartent du passage du mieux qu’ils peuvent : en Orient, il n’y a pas de rue qui ne soit carrossable
. »

Les retrouvailles avec Gertrude Bell, irakienne d’adoption, grande amie du roi Fayçal :

« Cétait une hôtesse merveilleuse, et je sentis que sa personnalité soudait entre eux ces Anglais exilés et leur servait de point de ralliement, eux qui, par ailleurs, n’avaient en commun que de servir en Iraq. Ils paraissaient tous animés d’un zèle enthousiaste et constructif ; mais je ne pouvais m’empêcher de penser que, sans l’ardeur rayonnante de Gertrude Bell, ils eussent accomplis leur mission par pure obligation plutôt qu’avec un tel empressement. Quel que fût le sujet qu’elle abordât, elle s’illuminait ; une telle vitalité était irrésistible.
(…) je crois que Gertrude faisait preuve d’une telle énergie, d’une telle vitalité dans tout ce qu’elle accomplissait, qu’on ne pouvait pas manquer d’en ressentir une impression d’unité et de plénitude
. »

Kenya, 2-5 janvier 2006

(1) les gufas - se reporter aux photos dans l'album "Bagdad historique"

Commentaires

quel plaisir de retrouver ton blog! je vais m'offrir le luxe d'y revenir regarder les photos avec les musiques adéquates. Et j'attends aussi ton regard sur le Kenya avec impatience. Ce que nous en avons vu à travers le film "the constant gardener" corespond sans doute à la réalité.
Et quand vous pourrez il faudra aller voir aussi "good nignht, good luck".
Je vais aussi me permettre de donner les coordonnées de ce blog à un ami ancien journaliste. Tonio le suit-il lui aussi?
Et puis quelle envie tu donnes de lire, de se cultiver, de découvrir et de suivre les auteurs que tu cites. J'enviais le "jardin blanc" de Vita, je savais un peu de sa vie, je vais découvrir ses voyages!
Ah au fait....bonjour aussi à mon fils....qui doit être lecteur!

Ecrit par : marion | 20.01.2006

Merci, c'est très gentil. Pour le Kenya, ça va être plus difficile : nos photos sont vraiment manquées alors que nous avons utilisé près de 10 pellicules. Un désastre... Je vais quand même voir ce qui est récupérable. Quant aux impressions, que dire ? On retombe en enfance en s'émerveillant devant un léopard, les paysages sont fantastiques .. et la majorité des Kenyans ont une vie misérable. Pendant que nous nous prélassions au bord de la piscine, une famine s'est déclarée dans le Nord Est du pays, en raison de la sécheresse. Et dans la piscine, cette fois, nous avons joué avec deux gamins. Quand leur mère nous a rejoint, elle nous a dit qu'elle avait adopté les deux enfants après que leurs parents aient été abattus à Nairobi ...
Je ne suis pas sûre d'être prête à décrire quoi que ce soit, surtout après être allée voir The Constant Gardener, hier soir.
Je viens d'avoir Laurent au téléphone : nous avons trouvé un moyen de nous appeler gratuitement. Il faut absolument que l'on en parle (allez sur www.skype.com).
Je suis ravie d'avoir de vos nouvelles !
Je vous embrasse
Nathalie
PS : devrais être à Paris vers le 10 février.
PS 2 : Laurent ne lit jamais mon blog !

Ecrit par : Laurent et Nathalie | 23.01.2006

C'est pas vrai... Je lis même les commentaires...

Ecrit par : Grosminet_international | 02.02.2006

Mais qui est ce mystérieux "Grosminet international" dont les commentaires défraient la chronique ?? Un nouvel admirateur sans doute ...

Ecrit par : Laurent et Nathalie | 05.02.2006

Bon, on apprend à tout âge...je viens de comprendre qu'on pouvait écrire un commentaire à un commentaire, et donc lire le commentaire d'un commentaire!!
Donc j'aurais su que tu étais à Paris la semaine dernière....Grosminet_international est sans doute le Raminagrobis rennais qui apprenait une fable de La Fontaine en un temps record ....quant à Azabel qui n'est pas Jézabel, elle traduit pour tous ce que nous attendons: le retour. Reste plus qu'à dire à Olive d'aller mirer le Monsieur Bic kenyan!
Ici la maison est vide après le départ des petits, plus de toux ,plus de fièvre à soigner, plus de "grand maman on peut regarder Tiji?". J'ai fini les mots croisés du Monde -après l'avoir lu quand même- ce qui permet de voir que les caricatures provoquent des réactions intelligentes chez les gens intelligents de toute appartenance....ce que les infos se gardent bien de dire...il faut bien monter les sots contre les sots!!!
Pendant ce temps les étudiants et lycéens défilent sous ma fenêtre. Ils sont bigrement nombreux mais pacifiques, fort mouillés les pauvres et sans doute transis. De cela je ne saurai rien dire, sans doute parce qu'égoïstement "nous" sommes tirés d'affaires avec vous tous!

Ecrit par : marion | 14.02.2006

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