04.10.2005
Gloire aux réalisations architecturales de l'ère communiste !
Gloire !
Aux larges avenues froides, anonymes et sans fin, à vocation plus mégalomaniaque que fonctionnelle ;
Aux blocs d’habitation uniformes, gris et décrépis, tous construits sur le modèle de cages à lapins géants ;
A la misère des innombrables « magasins alimentaires », minuscules échoppes, éclairées au néon, qui offrent un rudiment de tout et de rien ;
Aux trottoirs défoncés, témoins du combat ordinaire de ternes piétons, zigzaguant sans broncher entre diverses cavités et monticules ;
Aux vieux tramways bondés que les gens attendent patiemment, qu’il pleuve ou qu’il neige, car ils n’ont pas d’autre choix ;
Aux écrasantes « maisons du peuple », laides et prétentieuses, comme celle qu’a légué le « génie des Carpates » aux habitants de Bucarest ;
Aux sanctuaires administratifs à côté desquels le « Château » de Kafka et le « Ministère
de l’Amour » d’Orwell font figure de minuscules annexes d’opérette, totalement inoffensives ;
Aux grandes fresques révolutionnaires à la gloire des travailleurs, héros des temps modernes, misérables victimes des temps présents ;
Aux glorieux complexes industriels et autres combinats inefficaces dont il ne reste
aujourd’hui que de pitoyables friches rouillées et déglinguées, splendides balafres au cœur de terres tristement inexploitées et laissées à l’abandon ;
Aux sévères statues de Lénine qui n’ont pas encore été déboulonnées ;
A la triste grisaille qui imprègne durablement ces sinistres réalisations ;
Et à l’arc-en-ciel du temps qui viendra la balayer de ses plus belles couleurs !
14:25 Publié dans Sur la route | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : les zazous
25.09.2005
Le port de Constanza
Le port de Constanza est « le » port de Roumanie sur la Mer noire. Situé sur une presqu’île qui s’avance assez avant dans la mer, sa construction a commencé dans les années 1860.
Réservé aux chargements de pétrole, ce port a, dès l’origine, été complètement isolé pour éviter les risques d’incendie. J’ai trouvé, chez un antiquaire, un vieux « Guide bleu » datant de 1939 : il indique que le port de Constanza était relié – peut-être l’est-il encore – à la vallée de la Prahova, par une conduite directe, longue de 400 km et destinée à acheminer le précieux liquide noir. Le guide précise également que c’est par Constanza que s’effectuait l’exportation vers l’Orient, du blé, du pétrole et du bois roumains.
Aujourd’hui, le port de Constanza est envahi par d’immenses grues dont les longs bras articulés donnent l’impression que les quais sont peuplés par de gigantesques insectes aux antennes mécaniques, occupés à de mystérieuses tâches, comme les fourmis dans leurs galeries souterraines.
Le week end, ce paysage fantastique, qui s’étend à perte de vue, semble complètement abandonné et étrangement désert. Il arrive cependant qu’émanent de nulle part, de mystérieux bruits lointains, à la fois métalliques et sauvages. Le port de Constanza, isolé de la ville, interdit aux visites, semble alors animé d’une existence propre, dont la finalité reste insaisissable.
Cette image est cependant trompeuse : comme le reste de la Roumanie, Constanza n’a pas échappé à la chape de plomb de l’ère Ceaucescu. Simplement, un port offre parfois à ses hommes des ressources « miraculeuses ». Le journal « Le Monde » rapporte ainsi les conditions dans lesquelles un tanker norvégien fit escale au port de Constanza, en avril 1989. Pendant une dizaine de jours, des douaniers, des inspecteurs de la marine, des militaires ou encore des ouvriers, acculés à la misère, procédèrent à un pillage en règle du navire, s’emparant de tout ce qu’ils purent trou
ver : nourriture fraîche, conserves, boissons alcooliques et cigarettes, savon, dentifrice, chandails, pantalons, etc. Les protestations du capitaine furent accueillies, avec un certain flegme, par les autorités du port qui menacèrent ce dernier de déverser des barils de fuel lourd autour du tanker … pour l’accuser ensuite d’avoir pollué la rade ! Il y a fort à parier que de telles pratiques n’étaient pas exceptionnelles, tant la vie quotidienne des Roumains fut incroyablement difficile pendant cette période de cauchemar.
Avec de tels récits, sa taille démesurée, ses innombrables grues et autres machines, le port de Constanza ne peut manquer d’intimider. Mais, comme le reste du pays, il n’a pas connu que cette grisaille ambiante dont la Roumanie peine aujourd’hui à se débarrasser.
Constanza a, en effet, vécu des heures plus riantes comme station balnéaire, où il faisait bon venir respirer l’air vivifiant de la Mer noire. Quelques rares vestiges témoignent encore, péniblement, de cette splendeur passée. Le Casino de la ville, inauguré en 1910, en est sans doute l’un des symboles les plus visibles.
Situé le long d’une promenade qui relie le port commercial au port de plaisance, cet édifice, d’inspiration Art nouveau, se distingue par une silhouette exubérante, qui n’est pas dénuée d’élégance. Après avoir été reconverti en « Maison de la culture des syndicats », le « Cazino » est aujourd’hui l’un de ces tristes restaurants roumains où la cuisine et le service sont sans originalité ni surprise. L’ambiance qui s’en dégage reste pourtant
indéfinissable. On ne peut se promener à l’intérieur du bâtiment sans éprouver un sentiment d’abandon et de nostalgie devant ses larges rampes d’escaliers désertes et ses lustres fabuleux, recouverts de poussière… Ni se défaire d’une pointe d’ironie face à cette décoration « kitch » à souhait, dont les aspects clinquants semblent désormais ternis à jamais. A déambuler ainsi, on imagine sans trop de mal que le Casino et la promenade ont dû resplendir de milles feux, notamment lors du Jour de la Mer – le 15 août –, qui voyait défiler toute la flotte roumaine devant la côte et célébrer de grandes fêtes à cette occasion.
Le vieux « Gui
de bleu » mentionne que, deux fois par semaine, des navires quittaient le port de Constanza pour Constantinople, le Pirée, Salonique, Smyrne, l’Égypte et la Palestine. Le port devait être un lieu animé par d’incessantes rencontres et une mixité foisonnante aujourd’hui disparues, malgré la subsistance de deux mosquées, utilisées par la communauté turque, et d’une synagogue en ruine. L’année dernière, on a bien évoqué la mise en service d’une liaison Constanza – Istanbul mais il semblerait qu’il n’en soit déjà plus question cette année…
Seules quelques brèves images font aujourd’hui rejaillir de manière fugitive et très pâle ce qu’a pu être la vie de la cité portuaire de Constanza : un tsigane jouant de l’
accordéon sur la promenade, un enfant qui vient lui remettre un peu d’argent, de vieilles personnes qui discutent sur un banc, des flâneurs un peu endimanchés qui déambulent, une brume persistante, quelques timides rayons de soleil dans l’après-midi, l’appel du Muezzin, les vieilles assiettes du Casino …
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21:40 Publié dans Sur la route | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.09.2005
Les séquestrés d'A....
Des animaux polaires resserrés sur un bloc de glace arraché par le courant et entraîné au large : pleins de la peur obscure de périr, le loup et l’ours et le renard polaire se tiennent côte à côte et ne se mordent que par désespoir, quand ils se sentent poussés à l’eau par les autres.
Rendez-vous au Jugement dernier – Petru Dumitriu
Explique-toi !
Dis-nous ce que nous mourrons d’entendre,
Bon Dieu, nous en crevons d’envie !
Ce silence est inutile, nous sommes fins prêts.
Parle donc !
Exprime toi, nous boirons avec délice la moindre sonorité émanant de ta bouche,
Nous macèrerons soigneusement chacun de tes propos,
Ne sois pas avare de paroles, alimente-nous !
Tout sera retenu contre toi, tu n’es pas persécutée !
Nous salivons de te perdre, ne le prends pas mal !
Nos intentions sont les meilleures, ta défiance nous offense ….
Les homards se sentent menacés,
Ils sont tétanisés par la haine, assoiffés de peur,
Leurs pinces menaçantes et mesquines claquent avidement dans l’air,
Il leur faut une tête pour espérer sauver la leur.
De quoi les homards ont-ils peur ?
De l’autre, de leur ombre, de tout, de rien.
Les mauvaises habitudes sont coriaces, elles ont la vie dure,
Des réflexes d’un autre âge, profondément incrustés, perdurent.
Au tribunal des homards, la petitesse est juge et la médiocrité procureur.
Cette cour majestueusement laide s’enivre de sa bêtise,
Elle célèbre sa propre arrogance et danse follement jusqu’à l’aube,
Pas un instant, elle ne songe aux temps nouveaux qui l’aboliront.
19:21 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Maman

Maman,
Tu ne m'as pas attendue mais tu es partie sereine. Et nous sommes tous là, avec toi.
Depuis que tu nous a quittés, je pense à l'inscription qui se trouve à l'entrée du cimetière de Mollans. Il y est écrit que le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants.
Je me souviens que quand nous étions jeunes, Papa et toi aviez tenté de nous expliquer cette formule mystérieuse.
Aujourd'hui, elle me paraît limpide: tu es toujours bien là, auprès de chacun d'entre nous.
Tu es là,
Avec ta gaîté, lors de ces folles soirées d'été passées à jouer aux cartes au milieu des cris et des rires;
Avec ta fantaisie, lors de ces chouettes ballades aux puces et dans les brocantes, dont j'ai conservé le goût des vieilles choses;
Avec ton immense générosité envers tous ceux qui t'ont connue mais aussi des anonymes, comme cet homme à qui tu as apporté une soupe chaude un dimanche matin, car, toi seule, avais vu qu'il avait passé la nuit dehors, en plein hiver;
Avec ta sensibilité extrême qui a transformé nos regards sur les autres, sur le monde et sur l'art;
Avec ton dévouement infini qui te faisait rentrer à la maison, bien tard, le soir;
Avec tout ton courage au cours de ces longues années de souffrance et de combat contre cette saloperie de maladie qui te rongeait;
Avec ton amour qui nous soutient encore et à jamais.
Longtemps tu as eu un terrible secret dont tu nous a préservés de toutes tes forces. Tu nous as offert, avec Papa, la joyeuse insouciance de l'enfance et le réconfort d'une famille.
Ces souvenirs sont notre bien le plus précieux et nous aideront à être forts. Ne t'inquiète donc plus de rien.
Tu seras dans tous les reflets argentés des oliviers que je contemplerai,
dans le parfum du jasmin que je respirerai,
dans les champs de lavande où je me promènerai.
Si Laurent et moi avons la chance d'avoir des enfants, nous leur parlerons de leur fabuleuse grand-mère,
en écoutant "Porgy & Bess",
en chinant dans les brocantes,
en sillonnant la Provence,
et dans mille autres occasions encore.
Ne te soucie donc plus de rien, et repose en paix.
Je t'aime, Maman.
19:15 Publié dans Vague à l'âme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le monde d'hier
"Mais c'est seulement dans les années de la prime jeunesse qu'on identifie encore le hasard avec la destinée.
Plus tard, on sait que la véritable orientation d'une vie est déterminée du dedans.
Si bizarrement, si absurdement que notre chemin semble s'écarter de nos voeux, il finit pourtant toujours par nous ramener à notre but invisible".
Stefan Zweig _ Le monde d'hier
14:32 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





