11.09.2005

Maman

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Maman,

Tu ne m'as pas attendue mais tu es partie sereine. Et nous sommes tous là, avec toi.

Depuis que tu nous a quittés, je pense à l'inscription qui se trouve à l'entrée du cimetière de Mollans. Il y est écrit que le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants.
Je me souviens que quand nous étions jeunes, Papa et toi aviez tenté de nous expliquer cette formule mystérieuse.
Aujourd'hui, elle me paraît limpide: tu es toujours bien là, auprès de chacun d'entre nous.

Tu es là,

Avec ta gaîté, lors de ces folles soirées d'été passées à jouer aux cartes au milieu des cris et des rires;

Avec ta fantaisie, lors de ces chouettes ballades aux puces et dans les brocantes, dont j'ai conservé le goût des vieilles choses;

Avec ton immense générosité envers tous ceux qui t'ont connue mais aussi des anonymes, comme cet homme à qui tu as apporté une soupe chaude un dimanche matin, car, toi seule, avais vu qu'il avait passé la nuit dehors, en plein hiver;

Avec ta sensibilité extrême qui a transformé nos regards sur les autres, sur le monde et sur l'art;

Avec ton dévouement infini qui te faisait rentrer à la maison, bien tard, le soir;

Avec tout ton courage au cours de ces longues années de souffrance et de combat contre cette saloperie de maladie qui te rongeait;

Avec ton amour qui nous soutient encore et à jamais.

Longtemps tu as eu un terrible secret dont tu nous a préservés de toutes tes forces. Tu nous as offert, avec Papa, la joyeuse insouciance de l'enfance et le réconfort d'une famille.

Ces souvenirs sont notre bien le plus précieux et nous aideront à être forts. Ne t'inquiète donc plus de rien.

Tu seras dans tous les reflets argentés des oliviers que je contemplerai,
dans le parfum du jasmin que je respirerai,
dans les champs de lavande où je me promènerai.

Si Laurent et moi avons la chance d'avoir des enfants, nous leur parlerons de leur fabuleuse grand-mère,
en écoutant "Porgy & Bess",
en chinant dans les brocantes,
en sillonnant la Provence,
et dans mille autres occasions encore.

Ne te soucie donc plus de rien, et repose en paix.

Je t'aime, Maman.

12.07.2005

Vide et pesanteur


Détache-toi de ces liens serrés qui t’enchaînent,
Fuies ces fantômes, bien réels, qui respirent le même air que toi.


Ils sont là : je les vois partout sans jamais les rencontrer.
Ils m’obsèdent bien que j’y pense rarement ; ils ne cessent de me harceler et m’ignorent à la fois.
Je cherche à m’en libérer mais ils demeurent insaisissables, fuyants.


Bruyants, ils insistent ; je n’entends pas ce qu’ils me disent.
Cette présence invisible est aveuglante ; silencieuse, elle m’assourdit complètement. Elle envahit de rêves tourmentés un sommeil de plomb, parfaitement amnésique.


Mais, détache-toi donc ! Ôte ces chaînes, libère-toi de cette présence obsédante, largue les amarres et prends le large ! N’aies pas peur du vide : ils resteront en toi et avec toi, ils ne t’abandonneront pas. Ce n’est pas les trahir, c’est simplement vivre …


Mes oreilles bourdonnent dans ce silence absolu ; mes épaules croulent sous cette pesanteur légère et imperceptible. J’ai beau courir très loin, je ne parviens pas à reprendre mon souffle.


La séparation est cruelle, continuer est une impasse.


 

Bucarest, le 30 juin 2005